Chambly, 7 000 ans d’histoire
De la Préhistoire à nos jours, Chambly possède une histoire riche de près de 7 000 ans. Les nombreuses découvertes archéologiques réalisées sur son territoire témoignent de l’ancienneté de l’occupation humaine et de l’évolution de la ville au fil des siècles.
Des premières populations à l’Antiquité
Les premières traces de présence humaine remontent au Paléolithique, notamment à proximité du Mesnil-Saint-Martin. C’est toutefois au Néolithique que les populations commencent à s’installer durablement dans la vallée de l’Esches. Dans le secteur du Clos de la Rivière, les vestiges de deux habitations datant d’environ 5 000 ans avant notre ère ont notamment été découverts.
À l’Antiquité, le territoire est occupé par les Bellovaques, peuple gaulois établi dans une partie de l’actuelle Picardie. Une nécropole datant d’environ 400 avant J.-C. a été mise au jour dans le secteur de la ZAC des Portes de l’Oise.
Lors de la guerre des Gaules, les armées romaines s’emparent progressivement de la région. Après cette période de conquête, le territoire est intégré à la province de Gaule Belgique. L’habitat de l’époque se développe notamment autour des secteurs actuels du Marais, du Fief la Motte et du Marcheroux.
Du royaume des Francs au Moyen Âge
Au Ve siècle, les invasions bouleversent la région. En 451, les troupes d’Attila traversent notamment le territoire avant que les Francs ne s’y établissent. Sous les Mérovingiens, Chambly appartient au royaume de Neustrie.
Les fouilles archéologiques réalisées dans le quartier de la Marnière ont permis de découvrir une importante nécropole mérovingienne comprenant plus de 1 300 sépultures. À cette époque, Chambly constitue le chef-lieu d’un pagus, le Pagus Camliacensis, dont le territoire s’étend approximativement de Méru à Viarmes et d’Ully-Saint-Georges à Nesles-la-Vallée. Une première église y est alors édifiée.
Cette organisation territoriale perdure sous les Carolingiens. Le territoire prend progressivement la forme d’un comté, le comté de Chambly. À partir du IXe siècle, les incursions normandes bouleversent à nouveau la région. Vers 850, les Vikings remontent notamment l’Oise et ravagent la vallée. L’église est incendiée avant d’être reconstruite et de devenir l’église Saint-Martin.
À l’issue de cette période, le comté de Chambly disparaît au profit du comté de Beaumont, dont le château bénéficie d’une position stratégique sur les hauteurs dominant la vallée de l’Oise.
Chambly au Moyen Âge
À partir de l’an Mil, Chambly retrouve une place importante dans l’organisation locale. Le prieuré Saint-Aubin est notamment fondé à cette période. Une partie de sa chapelle subsiste encore aujourd’hui.
Les seigneurs de Chambly occupent également des fonctions importantes auprès des rois de France, notamment celle de chambellan. Parmi eux figure Pierre III Le Hideux, représenté aujourd’hui parmi les géants du Bois-Hourdy. Chambellan de Blanche de Castille, mère du roi Louis IX, il contribue à faire de Chambly un lieu fréquenté par la cour royale.
En 1248, Louis IX, futur Saint Louis, se rend à Chambly et décide la construction de Notre-Dame de Chambly, l’église qui domine encore aujourd’hui le centre historique de la ville.
Au XIIe siècle, comme dans de nombreuses villes importantes de l’époque, Chambly se dote également d’une enceinte fortifiée composée de remparts et de quatre portes. Ces fortifications subsisteront jusqu’au milieu du XVIIe siècle.
La guerre de Cent Ans constitue ensuite une période particulièrement difficile. Le Beauvaisis est durement touché par les combats, les massacres et les destructions. Les épidémies, notamment la peste, frappent également la population. La population de Chambly aurait alors diminué d’environ un tiers.
De la Renaissance au XVIIIe siècle
Avec la fin de la guerre de Cent Ans, la ville retrouve progressivement une période plus paisible. Chambly reste néanmoins liée à l’histoire politique et militaire du royaume. Henri IV y installe son campement en 1589, puis y revient en 1592. Louis XIV séjourne également à Chambly en 1652 et en 1680.
En 1701, le prince de Conti acquiert la seigneurie de Chambly. Quelques années plus tard, en 1705, il fait construire un pavillon de chasse à l’entrée de la ville, bâtiment qui existe toujours aujourd’hui.
En 1780, son arrière-petit-fils fait aménager une vaste place bordée de tilleuls : le Parterre. Cette place correspond à l’actuelle place Charles-de-Gaulle.
Le XVIIIe siècle est également marqué par un événement majeur pour la ville. En 1744, alors que le roi Louis XV vient de retrouver la santé après une grave maladie, les habitants de Chambly organisent un grand feu de joie. Sous l’effet du vent, des flammèches atteignent les habitations, alors principalement construites en bois et couvertes de chaume. Un incendie dévaste près de 90 % de la ville.
La reconstruction s’étend sur plusieurs années. Une grande partie des rues et des maisons qui composent aujourd’hui le centre-ville trouve ainsi son origine dans cette reconstruction du XVIIIe siècle.
La Révolution française et le XIXe siècle
La nouvelle de la prise de la Bastille parvient à Chambly dès le 15 juillet 1789. La période révolutionnaire se déroule dans un calme relatif dans la commune, même si les édifices religieux sont fortement touchés.
Le prieuré Saint-Aubin est notamment privé de son autel et de ses cloches. L’église Saint-Martin est détruite. À Notre-Dame, les quatre cloches sont descendues et la grille du chœur est démontée.
Le XIXe siècle est marqué par une succession de régimes politiques, mais aussi par de profondes transformations économiques et sociales liées à la révolution industrielle. Plusieurs personnalités locales jouent un rôle important dans l’histoire de Chambly, parmi lesquelles Étienne Chevalot et Donatien Marquis, dont les noms sont aujourd’hui associés à des rues de la ville.
L’arrivée du chemin de fer constitue un autre événement majeur. Le 1er juillet 1875, Chambly est reliée au réseau ferroviaire, ouvrant une nouvelle période de développement pour la commune et favorisant les échanges et l’essor de nouvelles activités économiques.
Chambly au XXe siècle
Le XXe siècle est profondément marqué par les deux guerres mondiales.
Pendant la Première Guerre mondiale, Chambly n’est pas directement située sur le front et la ville n’est pas détruite. De nombreux Camblysiens sont toutefois mobilisés et paient un lourd tribut dans les combats, comme en témoigne le monument aux morts de la commune.
Cette période est également à l’origine du développement des ateliers ferroviaires de Moulin-Neuf et de leur cité ouvrière, qui vont progressivement devenir un élément important du paysage économique et industriel de Chambly.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Chambly est occupée par les troupes allemandes. Plusieurs habitants sont victimes du conflit tandis que d’autres s’engagent dans la Résistance, certains au péril de leur vie.
La ville est également touchée par deux bombardements importants : celui de la briqueterie en 1940, puis celui des ateliers de Moulin-Neuf en 1944.
Une histoire qui se poursuit
De la présence des premiers habitants dans la vallée de l’Esches aux transformations urbaines et économiques contemporaines, l’histoire de Chambly témoigne de la richesse et de la diversité du patrimoine de la commune.
Vestiges archéologiques, édifices religieux, anciennes fortifications, bâtiments historiques, patrimoine industriel et lieux de mémoire constituent autant de témoignages de ces 7 000 années d’histoire. Ils permettent aujourd’hui de mieux comprendre l’évolution de Chambly et l’identité de la ville.
Le blason de Chambly est constitué d'un écu français ancien, dérivé du bouclier, surmonté d'une enceinte fortifiée à trois tours crénelées. C'était le blason de Pierre de Chambly, chambellan du roi Saint-Louis. Il sauva la vie du roi en le protégeant de son corps, d'un coup d'épée qui lui était destiné.
Les tours crénelées évoquent la mission militaire de la cité. Les trois coquilles d'argent laissent supposer la participation d'un ou plusieurs membres de la famille au pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Cependant on persiste à leur attribuer l'attestation des voyages en terre sainte.
Selon la tradition et d'après un document ancien, le roi Louis IX (appelé Saint-Louis depuis sa canonisation) serait le fondateur de l'église Notre-Dame de Chambly. Cette église de style gothique comportait à son origine la statue de Louis IX au nord du portail principal et celle de sa mère Blanche de Castille, au sud.
La plus grande partie de l'édifice date du XIIIe siècle. Le chœur, la nef, la façade, la petite chapelle de la sainte vierge à gauche et la tour si curieusement penchée, sont du XIVe siècle.
La nef contient une magnifique chaire, d'époque Louis XIV, magnifiquement sculptée qui provient de l'église Saint-Sauveur de Paris, supprimée en 1786. Elle fut vendue 2000 francs avec les stalles du chœur, en 1785. L'orgue est celui d'une des anciennes églises de Senlis.
La grille en fer forgé de la chapelle de la Sainte Vierge provient d'une ancienne abbaye.
Quatre volets tournants, partie d'un immense polyptyque d'origine anversoise ou brabançonne, attirent de nombreux visiteurs. Ces volets représentent la Messe de Saint-Grégoire, la Cène, le Baiser de Judas, Ecce Homo, le jardin des oliviers, la Pentecôte et la Résurrection.
Dès le quatorzième siècle, une charte royale faisait état de l'existence de trois moulins à eau à Chambly. Au XVIe siècle, la plupart furent détruits durant les guerres de religion. Au XVIIe siècle, sept moulins fonctionnaient à nouveau grâce au courant du cours d'eau l'Esches : le moulin du Mesnil-Saint-Martin, le moulin de Saint-Aubin, le moulin de Vigneseuil, le moulin de Mennecourt, le moulin à drap, le moulin de Bassault et le moulin Neuf.
Le moulin du Mesnil Saint-Martin ou Moulin Deligne
Le hameau du Mesnil-Saint-Martin se situe en amont de Chambly, au bord de l'Esches. Il dépendait de l'ancienne paroisse Saint-Martin de Chambly. Une ferme y a été construite et son portail, avec sa petite porte latérale surmontée d'une niche à coquille, date de 1629. Le moulin de la ferme fût construit en 1640, en bas du chemin qui mène à l'Esches. Au fil des siècles, le moulin connaît divers propriétaires. Les plus grands changements furent apportés par M. Compagnon en 1839. Il fait réaliser une dérivation de la rivière pour augmenter la puissance du courant, le bâtiment fût rehaussé de deux étages.
Depuis 1920, la famille d'Alain Chevrier, actuel président du Moulin Deligne, règne en maître sur la meunerie de Chambly. Aujourd'hui, cette société exemplaire emploie 43 personnes. Après deux ans de travaux, Alain Chevrier et son épouse étaient fiers de montrer à l'occasion d'une semaine de portes ouvertes les réalisations architecturales de très hautes qualité et les innovations techniques uniques réalisées dans leur moulin. Avec une production de plus de 2000 quintaux de farine par jour, le Moulin Deligne s'assure une position très enviée sur le monde de la minoterie en France.
Le Moulin Deligne est le seul existant encore aujourd'hui à Chambly.
Le moulin de Saint-Aubin
A deux pas de l'Hôtel de Ville se dressait jusqu'en 1937 le Moulin de Saint-Aubin. Après avoir appartenu aux moines de l'ordre de Saint-Benoît au Moyen-âge, il servit d'usine banale aux Lazaristes, un ordre fondé par Saint-Vincent de Paul. Il passa ensuite au prieur de Chambly et rentra dans le domaine public à la Révolution. En 1840, son propriétaire, M. Blot, le fit monter à l'anglaise et on y fabriqua des appareillages électriques. Le moulin fut ravagé par les flammes en 1937.
Le moulin de Vigneseuil
Le moulin de Vigneseuil (au moyen âge, Vinnecuel ou Vignetel alors hameau de Chambly) est à l'entrée de la ville, en bordure du chemin de Chambly à Chaumont. Ses origines remontent à cette époque.
En 1835, un bâtiment à quatre étages est construit et l'appareillage mécanique du moulin modifié ce qui en fait l'un des moulins les plus modernes de l'Oise. Le moulin subit diverses destructions et reconstructions au fil des ans. Jusqu'en 1939, la roue fonctionna, fournissant l'énergie à une petite fabrique de menuiserie.
Le moulin de Mennecourt
Appelé aussi deuxième moulin de Vineseuil, le moulin de Mennecourt est une usine très ancienne. Au moment de la révolution, sa propriétaire en fit une filature de coton. Quatre étages furent ajoutés ainsi qu'un grand magasin de 34 mètres de long. L'affaire ne réussit pas et dans les années 1830, le lieu devint une fabrique de couteaux, poignards et instruments aratoires. L'affaire périclita à nouveau et une fabrication de farine fut à nouveau installée, jointe à une nouvelle filature.
Le moulin fut ensuite acheté par un meunier. Il continua de fonctionner jusqu'à sa destruction par un incendie dans les années cinquante. Aujourd'hui, les bâtiments ont été transformés en logements.
Le moulin à drap
En sortant de Chambly, à droite après le passage à niveau, une grande propriété, provenant de la succession du Prince de Conti, accueillait en 1825 un moulin à drap. En 1840, son propriétaire le fait transformer en moulin à farine. Il fonctionne jusqu'en 1905, date à laquelle le moulin est détruit par un incendie. Dans les années 1980, les anciens bâtiments sont transformés en logements.
Le moulin de Bassault
Ses origines remontent au moyen-âge, et il tient son nom « Bas Saut « de la hauteur de sa chute d'eau qui n'excédait pas un mètre. Transformé en laiterie au début du XXème, sa roue à aube fut abandonnée.
Le moulin neuf
Déjà mentionné en l'an 1000, ce moulin est le plus vieux de Chambly et même certainement de la vallée de l'Esches. Il fit partie des domaines des Princes de Conti. Les bâtiments abritèrent de nombreuses entreprises et diverses transformations jusqu'au milieu des années 1980, époque où ils furent abandonnés.
Première Guerre Mondiale
Pendant la Première guerre mondiale, le génie militaire français décide d'installer à Chambly un parc de matériel destiné à la réparation des voies stratégiques, à l'arrière du front. En même temps, à la sortie de la ville, un camp de prisonnier allemand est construit. Les prisonniers assureront les premières manutentions en vue de l'aménagement du chantier.
Entre-deux-guerres
Après la guerre, la compagnie des chemins de fer du nord choisit le site de Moulin-neuf pour construire ses ateliers et ses magasins. La situation des ateliers, au coeur du réseau nord, est idéale. Il faudra douze ans pour réaliser les agrandissements nécessaires.
En 1933, l'atelier compte 850 ouvriers. En 1938, le réseau ferré français est regroupé au sein de la société nationale des chemins de fer français, SNCF. Plus de 1000 personnes travaillent sur le chantier au début de la seconde guerre mondiale. Elles sont 1150 au début des années soixante.
Seconde Guerre Mondiale
Lors de l'invasion de la France en 1940, le site de moulin-neuf est épargné par les bombardements ennemis. Mais, dès les premiers jours de l'occupation, le chantier est administré par les Allemands, à cause de son importance stratégique. A partir de 1941, la résistance s'organise sur le chantier. De nombreux cheminots prennent part à des sabotages et diffusent des tracts, certains au péril de leur vie. D'autres sont envoyés dans des camps de concentration, comme André Caron qui a laissé son nom à de nombreux endroits de la ville.
Le site est bombardé à plusieurs reprises, et particulièrement en 1944. Le 2 mai, plus de 1200 bombes explosives et incendiaires furent larguées par la Royale Air Force, occasionnant d'importantes destructions aux ateliers en épargnant la cité. Le 31 août 1944, Chambly est libéré, les Allemands quittent le chantier.
De la Libération à aujourd'hui
Au début des années cinquante, l'atelier de réparation et de fabrication du matériel de voie de chemin de fer fut l'un des plus grands d'Europe. Il s'étendait sur plus de 90 hectares dont une partie située sur la commune du Mesnil-en-Thelle. Le site est sillonné de 50 kms de voies ferrées. Depuis 1966, le site s'appelle l'établissement industriel d'équipement (E.I.V) de Moulin Neuf.
Aujourd'hui 500 ouvriers y travaillent encore.
Au moment de la création des ateliers, les possibilités de logements à Chambly étaient restreintes. Il fallut donc construire une cité ouvrière. Au début des années cinquante, plus de 400 logements étaient mis à la disposition des cheminots. Une salle des fêtes, un jardin d'enfant, des bains-douches, un centre d'hygiène sociale, une école ménagère, des terrains de sports, une piscine et deux écoles régionales complétaient l'ensemble.